Argentoratum
L’histoire de Strasbourg semble commencer peu de temps avant l’an 0 de notre ère. A cette époque, l’empire romain doit faire face aux invasions régulières des peuplades germaniques (Teutons, Suèves et autres Triboques). En outre, la Gaule, zone tampon entre l’Italie et les territoires d’outre Rhin, est alors, fortement déstabilisée par de profondes querelles opposant les chefs gaulois. La route de Rome est donc ouverte !
Vers 60 avant JC, une expédition militaire est ordonnée par le sénat romain afin de pacifier la frontière rhénane et de barrer le chemin aux hordes barbares qui commencent à coloniser la Gaule. Après de dures combats, les troupes romaines parviennent à démilitarisé les peuplades situées de part et d’autre du fleuve. Une nouvelle frontière voit le jour, mais la paix reste précaire. La frontière doit être protégée par un important système défensif. C’est dans ce contexte qu’est crée, à l’emplacement d’un petit village de pêcheurs situé sur une île proche du Rhin, le camps militaire d’Argentoratum.
Initialement, cet ouvrage défensif doit servir à « assurer
les arrières » des légions qui partent guerroyer sur l’autre rive du fleuve.
Mais, vers l’an 10 après JC, suite à un grave désastre militaire, le petit camps
d’appui logistique est reconverti en camp de légionnaires.
Cette montée en puissance finit par attirer les
foudres bataves et l’ouvrage est complètement rasé vers 60 après JC.
Immédiatement reconstruit, le camps est agrandi.
Face à leur impuissance à mater les ardeurs germaniques, les romains décident
de changer de politique. La logique offensive cède la place à une stratégie
entièrement tournée vers la défense. Cette politique s’avère gagnante puisqu’une
paix durable (près d’un siècle) s’installe dans la région. Profitant de cette
stabilité sociale, de nombreux commerçants et artisans viennent s’installer
à proximité du camps afin de proposer leurs services aux hommes de la garnison.
Rapidement, un début d’agglomération voit le jour. Détruit
une nouvelle fois puis reconstruit, le camp est définitivement abandonné
par les romains vers l’an 450. Sous la poussée des Huns, l’empire décide de
se désengager de cette partie du continent.
Avec le départ de l’autorité romaine, Argentoratum perd son statut de place militaire. Bien qu’habitée pendant près de quatre siècles par les représentant de l’empereur, la ville n’en est jamais devenu réellement une. Ainsi, aucun ouvrages publics n’y a jamais été édifié (temples, forums ou thermes).Argentoratum ne devait être qu’une simple installation militaire, mais l’arrivée imprévue (bien que fort prévisible) de nombreux civils, a permis d’amorcer un schéma d’urbanisation « extra-muros ».Durant les siècles suivant, le développement de la ville sera fortement conditionné par cette configuration urbanistique atypique. La présence de l’antique camps romain va, durant des siècles, peser sur le développement d’une cité qui n'aurait jamais du voir le jour.