Histoire de la communauté juive
de Strasbourg
De l'installation au bannissement
Pour certains historiens, la première communauté juive
se serait installée à Strasbourg (alors Argentoratum), dès le début du Moyen-Âge.
Aucune trace ne permettant de prouver cette théorie, il semble plus probable
que leur date d’installation effective, se situe vers le milieu du 11ème
siècle. Des écrits rapportent des scènes de violence intervenant pendant la
seconde croisade, en 1146. Chauffée par les discours d’un moine intégriste strasbourgeois,
une partie de la population se serait attaquée aux membres de la communauté
juive.
Cet incident passé, les juifs s’organisent et s’installent, majoritairement,
dans le quartier dit « inter Judeos Argentina » (entourant l’actuelle
rue des Juifs). Partageant les lieux avec des non-juifs, la communauté se construit
une synagogue, un bain rituel et un cimetière.
Bien que relativement tolérante à l’égard de la communauté (en regard de ce
qui pouvait se passer dans d’autres cité de l’époque), la ville de Strasbourg
exige le paiement d’impôts divers et de taxes spécifiques. Pour certains historiens,
« le Juif » était un placement sure et lucratif. Comment, dans ces
conditions, ne pas faire preuve d'un minimum de tolérance ?
Soumis à un impôt annuel de 1000 livres par la municipalité, les juifs doivent
s’affranchir de divers autres obligations publiques ainsi que d’une taxe de
60 marks destinés à leur protecteur direct, l’Empereur d’Allemagne et de 12
marks destinés à l’Evêque de Strasbourg.
Mais la tolérance à ses limites. A partir du 13ème siècle, les juifs
se voient proscrire tous les métiers à l’exception de celui de boucher et d’usurier.
Interdit à tous les chrétiens par l’Eglise, les métiers liés à l’argent deviennent
une véritable aubaine pour les membres de la communauté.
A cette époque, l’activité commerciale est en pleine expansion à Strasbourg
et les besoins en liquidité sont de plus en plus importants. En outre, le montant
des taxes dont doit s’affranchir la communauté, ne cesse d’augmenter. Les juifs
se spécialisent dans le prêt.
Bien qu’ayant payé leur sécurité au prix fort et ayant reçu toute les garanties
de la part de la ville et de l’Evêque, la communauté ne résiste pas à l'arrivée
de la première épidémie de Peste Noire.
En 1349, le fléau s’abat sur toute l’Europe.
Bien qu’épargnée, il règne à Strasbourg un climat d’angoisse et de méfiance
général. C’est dans cette ambiance délétère que survient la nouvelle. Les puits
d’eau potable ont été contaminés par les juifs !
La réaction est immédiate. Une partie de la population se rue chez les membres
de la municipalité et demande le bannissement voir l’extermination totale des
juifs. Le magistrat s’y oppose et fait même emprisonner les leaders populaires.
Cette décision finit de mettre le feu aux poudres. La population investie en force les demeures des magistrats et les chasse de la ville. Un nouveau conseil est immédiatement organisé avec, à sa tête, un boucher du nom de Betschold.
Le lendemain, le quartier juif est bouclé et ses habitants
menés de force dans le cimetière communautaire. Là, ils sont attachés puis brûlés
vifs.
Leur disparition ne sera pas sans profit pour certains. Avec la disparition
des juifs, un nombre importants de crédits se retrouvent annulés de fait. En
outre, les biens de la communauté sont partagés entre les nouveaux dignitaires
locaux.
Pour éloigner encore la « menace juive », une loi interdit formellement leur présence en ville pour 200 ans.
Quelque semaines plus tard, la Peste entre en ville...