Strasbourg, ville universitaire allemande
Avec la défaite française de 1870, l'Alsace et la Moselle deviennent allemande. La jeune nation, qui vient tout juste de terminer son unité nationale, décide de faire de Strasbourg, la vitrine de son pouvoir et de sa puissance. La citée alsacienne, tout juste promue capitale du " Reichsland " (région formée par les territoires nouvellement annexés), doit servir à " restaurer l'essence allemande en un lieu de vieil épanouissement culturel allemand ". C'est dans ce contexte quelque peu nationaliste, qu'est lancée l'une de plus incroyables politiques d'urbanisation jamais connues par la ville. La création de la Kaiser-Wilhelm-Universität débute avec le lancement des travaux.
L'université de Strasbourg existe depuis 1538, date
de la création du célèbre " Gymnase " par Jean Sturm. Jusqu'à la capitulation
de la ville et la reconnaissance du Roi de France, Louis XIV, en 1681, cette
" Haute Ecole " se fond avec la vie de la république indépendante de Strasbourg.
Haut lieu de l'humanisme en Europe, l'esprit d'indépendance et de liberté qui
règne dans les rues de la citée rhénane, se répercute, naturellement, dans l'esprit
et la façon d'enseigner de l'Université.
Avec l'annexion française de 1681, Strasbourg est obligée de se mettre au pas.
L'université, véritable marqueur culturel, devient, alors, le reflet des aspirations
politiques nationales.
Conscients de rentrer dans une aire économique et technologique
nouvelle, les allemands souhaitent s'entourer d'une élite culturelle et scientifique
d'une extrême qualité. D'importants moyens financiers sont débloqués pour permettre
la création d'une Université digne de ce nom.
Initialement localisée dans les anciens locaux de l'hôtel de l'Académie à la
Krutenau, la vénérable institution emménage, en 1884, dans les bâtiments flambant
neuf du tout nouveau quartier universitaire. L'Observatoire, la Bibliothèque
Universitaire de la place de la République et les Instituts de Botanique, de
Zoologie, de Physique et de Minéralogie accueillent leurs premiers étudiants
tandis que le Palais Universitaire regroupe l'ensemble des services administratifs.
Longtemps boudée par les jeunes alsaciens, qui la considèrent encore comme le symbole affligeant de la présence " ennemie ", l'Université de Strasbourg devient rapidement l'un des hauts lieu de la culture et de l'enseignement en Europe. Rivalisant avec les plus grandes universités allemandes elle va former jusqu'à plus de 1300 étudiants par ans. Rares seront les universités allemandes, jusque dans les années 40, à ne pas compter parmi leurs enseignants chercheurs d'anciens étudiants de Strasbourg.