Les bains de Strasbourg

Les établissements de bains publiques tenaient une place toute particulière dans le coeur des strasbourgeois. Autrefois très populaires, on en comptait près d'une vingtaine rien qu'au centre ville. Au début, ces bains étaient mixtes. Hommes et femmes venaient ensemble infuser dans les larges bassines d'eau chaude avant d'aller dégorger dans de brûlantes étuves parfumées. Certains amateurs, fidèles parmi les fidèles, n'hésitaient pas à y organiser des fêtes entre amis, avec musique et "mangeaille" et parfois même des mariages !
C'en fut trop pour les autorités religieuses de la ville. Outrées par la légèreté d'esprit de certains couples (à qui toute cette vapeur mettait le sang en ébullition), elles forcèrent les magistrats de la ville à mettre un peu d'ordre dans ces lieux "de perdition et d'immoralité
". La mixité fut donc interdite. Trois étuves furent ouvertes pour les femmes et cinq pour les hommes.

Chaque établissement de bain était surveillé par un maître baigneur. Ses fonctions étaient multiples. Il veillait à la sécurité des clients, n'hésitant pas, au besoin, à expulser les trouble-fêtes. Il tenait salon de coiffure, jouait les infirmiers, en appliquant les ordonnances prescrites par le médecin (bains de plantes, massages, applications de baumes etc.) et remplaçait même le chirurgien, en procédant à des saignées. Pour les raisons facilement compréhensibles, cette dernière fonction finit par leur être enlevée.
Le maître baigneur, secondé par des valets, s'occupaient aussi de préparer les étuves et les différents types de bains : bains de potasse, bains de soude, bains de souffre, bains d'huile, bains aux plantes (rose, lavande, sauge). A l'occasion, il flagellait le corps de ses clients, pour stimuler leur circulation. Et parfois, les dames de la bonne société lui demandait d'appliquer, sur leur délicate peau, du blanc d'oeuf afin de préserver la blancheur diaphane de leur épiderme charnu. Le jaune était, quant à lui, réservé au traitement des tâches de rousseur.

En 1928 fut inauguré le bâtiment des actuels Bains Municipaux. Ce dernier, récemment classé monument historique, est une imitation des Bains de la célèbre ville de Pompéï.