Le lohkäs

La transformation des peaux en cuir porte le nom de "tannage". Dans "tannage', il y a "tan", un terme qui renvoie à l'utilisation du tanin. Ce tanin peut être obtenu de différentes manières. A Strasbourg, on le fabriquait à partir du bois. Ce bois était coupé dans le pays de Hanau et transféré jusqu'à la ville par voie fluviale. Stocké en grande quantité, il donnait au quai du quartier des tanneurs, des allures de scierie.

Si le tanin est utilisé dans les opérations de tannage, c'est parce qu'il possède la propriété de transformer la peau en cuir.
Les peaux sont constituées de deux couches. La première, l'épiderme, est recouverte des poils de l'animal. On la rase et on la nettoie à l'aide de raclettes et de couteaux spéciaux. La seconde, plus profonde, s'appelle le derme. Elle est constituée de fibres qui, en séchant, s'agglutinent pour former une croûte rigide. Ces fibres dermiques, interagissent très fortement avec l'acide digallique contenu dans le tanin.
Cet acide, par son action, permet :
1- de séparer les fibres les unes des autres, évitant ainsi, lors de la phase de séchage, l'agglutination des fibres (en d'autre terme, il rend le cuir souple)
2- de traiter la peau en la rendant à la fois imperméable et quasiment imputrescible

Après utilisation, les cuves de tanin étaient vidées de leurs jus (tout l'acide digallique s'étant fixé sur les peaux, il fallait renouveler le bain). La partie fibreuse et spongieuse correspondant à la phase solide de l'émulsion tannique, était récupérée et mise de côté. Des jeunes gens (en général, les apprentis tanneurs) se chargeaient alors, de compacter cette "boue" dans des moules spéciaux, qui ressemblaient étrangement, à ceux utilisés pour faire du fromage. Compressés, les pains de tanins solides, étaient ensuite mis à sécher pour être réutilisé, en hiver, comme bois de chauffage. C'est cet étrange combustible que l'on appelait le lohkäs.