Un pont pour fermer la ville
La construction des ponts couverts débuta en 1468. A cette époque,
les risques de surpopulation avaient forcé les autorités à
entamer l'élargissement de la ville. Initialement construite sur une
ile (situation stratégique et défensive idéale), Strasbourg
commença à s'étendre de part et d'autre des berges de l'Ill
et de la Bruche.
Sur le plan militaire, cela impliquait la construction d'une nouvelle ceinture
de remparts et le creusement d'un nouveau fossé. Mais, bien que nécessitant
une quantité de main d'oeuvre importante, ce travail n'était pas
techniquement insurmontable. Par contre, ce qui préoccupait les architectes
militaires, c'était la façon de protéger les voies fluviales.
En effet, tant qu'une rivière entoure une ville, elle la protège
des éventuelles invasions ennemies en leur opposant un obstacle naturel
difficilement franchissable. Par contre, quand cette rivière traverse
la ville (ce qui était devenu le cas), elle se transforme en une voie
d'accès privilégiée pour les flotilles ennemies. En se
plaçant dans le bon sens du courant, une embarcation chargée de
soldats peut aisément se laisser déporter jusqu'au centre de la
ville.
Le courant, assez fort, étant orienté des ponts couverts vers
le lycée Pontonnier (du Sud-Ouest vers le Nord-Est de la ville), la zone
Sud-Ouest fut unanimement considérée comme la partie la plus exposée
aux attaques par voie d'eau. Construit à l'intersection de la Bruche
et de l'Ill, les ponts couverts devaient donc permettre de bloquer, grâce
à des grilles d'acier pouvant être décendues dans leurs
arches, l'entrée de la ville à tous les types de navires ennemis.
Construit suivant une logique purement militaire, les ponts couverts doivent
leur nom aux lourdes toitures qui, jadis, les recouvraient.