Le roi de Prusse en vadrouille à Strasbourg
Un jour, le roi de Prusse, Frédéric le
Grand (Frédéric II), fut prit de l'envie soudaine de voir de près,
des soldats français. Accompagné de son frère et de son
favori, le conte de Wartensleben, il se rendit incognito à Strasbourg.
Ville de garnison par excellence, Strasbourg, par sa proximité, était
le lieu d'observation idéal pour le jeune roi.
Après avoir franchi la frontière avec de faux laisser-passer (signés
de sa propre main), les trois hommes descendirent à l'hôtellerie
du corbeau, sous une fausse identité. Le roi de Prusse, allias conte
du Four, fit, en ces lieux, la connaissance d'un couple d'aristocrates français,
Monsieur de Valfon et Madame de Stromberg. Au dîner, il leur demanda s'ils
ne connaissaient pas quelques officiers français qui pourraient se joindre
à leur table. On en trouva justement deux, attablés non loin.
Mais alors que le roi était en pleine discussion avec les deux militaires, le patron de l'hôtel vint glisser à l'oreille de Monsieur de Valfon, le véritable nom de son "royal" convive. A bien y regarder, il était vrai que la ressemblance était frappante. En outre, les manières dont faisaient preuve les deux amis du conte du Four à son égard, trahissaient quelque peu le véritable rang du jeune homme.
Séance tenante, Monsieur de Valfon se précipita chez le gouverneur militaire de Strasbourg, le maréchal de Broglie. Quand il apprit la présence, dans sa ville, du roi de Prusse, l'officier s'en trouva fort embarrassé. Frédéric II ne comptait pas véritablement parmi les alliés de la France, bien au contraire. En outre, le moindre incident à l'égard de sa personne, pouvait entraîner de regrettables conséquences diplomatiques. Il fallait, par conséquent, agir avec finesse.
De Broglie invita le roi à venir s'installer au palais du gouverneur militaire, à fin qu'il y soit en sécurité (et sous surveillance). Ce dernier refusa l'invitation et décida de rester à l'hôtellerie du corbeau. Le lendemain, Frédéric le Grand se rendit à la garnison, en compagnie des deux officiers français rencontrés la veille. Il assista à la relève de la garde, visita la célèbre fabrique de canons de Strasbourg et se promena même dans la citadelle Vauban.
En fin de journée, il se décida finalement à se rendre au palais du gouverneur militaire, afin de rencontrer le maréchal de Broglie et de lui rendre ses politesses. Ce dernier l'invita à passer la soirée, avec lui, à l'opéra,. Mais, quand il apprit que le tout Strasbourg s'était donné rendez-vous pour l'accueillir, Frédéric décida de quitter la ville sur le champ. Pendant des heures, le maréchal et tous ses convives attendirent, en vain, la venue du roi. Quand, enfin, une ordonnance prussienne se présenta aux marches de l'opéra, ils apprirent avec stupéfaction que "sa majesté" leur avait fait faux bond et qu'elle se trouvait déjà à plusieurs dizaines de kilomètres de Strasbourg. Furieux d'avoir été reconnu, Frédéric II avait décidé de bouder cette prestigieuse assemblée et, s'en était retourné dans ses terres.