La place Kléber
Voici, avec la place de la Cathédrale, l'endroit le plus symbolique de Strasbourg. Place centrale de la "grande Ile", la place Kléber fut le témoin privilégié des grands évènements qui ont ponctué l'histoire de Strasbourg. Au Moyen-Âge, sous le nom de place des cordeliers, elle accueille le couvent des Franciscains et sert à cette occasion, de lieu de prêche et d'évangélisation. Attenant au couvent, un cimetière entouré d'un mur de pierres remplit le reste de l'espace. En 1533, la place est totalement détruite. Mais, au 17ème siècle, elle renait de ses cendres et se voit transformée en marché de vin puis en terrain de sport. Sous la Révolution, on y installe, de manière permanente, la guillotine. Le pavé devient glissant.
Au 19ème et au 20ème siècle, elle devient le "Paradeplatz" (la "Place d'Armes") c'est-à-dire, le lieu d'organisation et de déroulement des parades militaires des armées de tout bord : d'abord françaises de 1681 à 1870, puis prussiennes de 1870 à 1918, puis françaises de 1918 à 1940, puis nazies de 1940 à 1944, et finalement fançaises à partir de 1944.
Pour les strasbourgeois, la place Kléber est donc, avant tout, le symbole
de leur appartenance à la France. Son nom et la présence de
la statue de Kléber, célèbrissime général
strasbourgeois et fervent défenseur de la République puis de
l'Empire, ne sont pas fortuits. Les autorités françaises l'ont
d'ailleurs bien compris, car c'est à cet endroit précis qu'ont
lieu, en 1918 et en 1944, les cérémonies militaires marquant
le retour de la ville à la France. D'ailleurs, en 1940, lors de l'annexion
allemande, les nazis se dépêchent de déboulonner la statue
du général Kléber et renomment aussitôt la place
en "Karl Roos Platz", en mémoire du fondateur du parti autonomiste
d'Alsace - Lorraine. Les français, en le fusillant, réussirent
à l'élever au rang de premier "martyr de l'Alsace allemande".
Par miracle, la statue ne sera pas détruite, les nazis préférant
la déposer au musée historique afin de l'exposer comme simple
"souvenir du passé".