Le pont du Corbeau
Voici l'un des ponts les plus surprenant de Strasbourg.
Au 12 ème siècle, l'ouvrage est connu sous le terme de Schindbrücke
("le pont aux supplices"). C'est à cet endroit que sont organisées
certaines grandes exécutions publiques. Attachés dans un sac
de toile cousu à ses deux extrémités, les voleurs, maraudeurs,
parricides et autres femmes infidèles sont jetés dans l'Ill,
sous le regard exhalté d'une foule hystérique.
Avec les années, la peine (qui date de 1411) s'adoucit quelque peu. La noyade n'est plus réservée qu'aux cas les plus graves (meurtres, viols, incestes, adultères, abandons d'enfants) et les petits délits ne sont plus systématiquement punis par la mort. Des cages en métal sont installées aux extrémités du pont afin d'y exposer en publique, les "petits malfrats" (tavernier coupant son vin, boulanger trichant sur le poids de ses pains etc.). Au dernier jour de leur peine, les condamnés doivent sauter dans l'Ill. S'ils parviennent à regagner la rive, ils peuvent quitter librement la ville.
Quelques décennies plus tard, le procédé d'immersion se mécanise. Les condamnés sont désormais attachés à un énorme levier en bois et immergés dans les eaux nauséabondes de l'embouchure de l'Ulmergraben". La technique est encore améliorée lorsque l'on décide de coupler directement les cages du pont au système d'immersion. Entre deux expositions publiques, la cage du condamné est descendue dans la rivière au moyen d'un treuil et le "bain" ne s'arrête que lorsque le supplicié perd connaissance.